27 décembre 2008
Malgré les apparences.
Contrairement aux apparences qui ne sont, en l'occurence, peut-être pas très trompeuses, ce blog n'est pas à l'abandon -la preuve, je suis là-.
Simplement, je n'ai pas le temps de l'alimenter en ce moment. Simplement, je pense à trop de choses et je ne prends pas le temps d'écrire, et puis la fac demande plein de boulot, et puis je n'avais pas envie d'étaler mes états d'âme et mes angoisses tous les jours.
En gros, les dernières actualités. Je suis démomifiée. Mon ordinateur a définitivement rendu l'âme après plusieurs alertes et je suis endettée pour les dix mois à venir. Je songe très sérieusement à migrer en Antarctique ces temps-ci. Le travail pour la fac me stresse. J'en ai marre de la licence et je voudrais pouvoir enfin passer au stade master. Et puis sûrement aussi beaucoup d'autres choses que j'oublie, ou pas.
En fait, les deux derniers mois ont été à la fois très remplis et désespérément vides. Quelques anecdotes marrantes. J'ai accueilli pendant quelques jours un irlandais, moi, qui ne parle pas un mot d'anglais et qui le comprends encore moins. Le pauvre a un peu parlé dans le monde, ce fut douloureux pour mes oreilles, mon vocabulaire a dû passer de 500 à 511 mots dans cette langue, et j'ai dû répondre à côté à chaque question que je prenais pourtant bien soin d'éviter.
Noël m'a fait réaliser mon côté profondément misanthrope, j'ai été revoir les canards de l'Yonne avec Melle A. et ils ont eu droit à des biscuits suédois -parce qu'on n'a jamais de pain-, je l'ai torturée à faire de la balançoire sous la pluie.
Cette liste n'est ni exhaustive ni chronologique. Ni même logique tout court.
Je deviens allergique à Claude Simon, et l'un entraînant l'autre, à Robbe-Grillet, Ricardou, Sarraute et leurs copains nouveaux romanciers -Duras conserve mon estime-.
Je n'ai rien d'intéressant à dire, finalement. Le prix des passeports doit augmenter et j'étais censée aller m'en faire faire un. Du coup, j'irai peut-être en Bosnie-Serbie-Monténégro-Turquie en été 2010, ou 2011, ou 2012, ou ...
Voilà. On ne conclut pas un message que tout le monde peut lire comme on conclut une lettre, et je ne sais pas si je veux conclure. Je n'ai pas besoin d'écrire pour être lue, j'ai besoin d'écrire pour moi. Pour me souvenir, pour me fixer. Mais je ne sais pas tenir un journal et ceci fait que cela entraîne la chose suivante, j'écris et je suis lue. Mais je m'en fous, je crois.
Des fois c'est comme une insensibilité. Comme le froid qui anesthésie. Sauf qu'on peut remplacer le froid par la tristesse. En fait, la tristesse, c'est le meilleur mot qu'on puisse trouver pour résumer ces deux mois. Il faut que je retourne à mon explication de texte, et je n'ai pas envie.
15 octobre 2008
Pile ou face.
15 octobre. Je dors très bien la nuit, je sors, je vois des gens, mon appart' est rangé, j'arrive à me plonger dans les cours. Je me lève tôt journées bien remplies. C'est ce que je me dis quand j'essaie de dormir. Ce que je voudrais et ce que j'essaie de dire aux autres. C'est le côté pile.
15 octobre. Je ne dors pas la nuit, je me lève à 18 heures avec un sentiment de désespoir profond, je me force à vider le cendrier quand il est plein, je ne vois personne et si je sors et que quelqu'un me voit ça donne un truc du genre "Hélèèène" --> "Aaaahhh". Je ne m'attendais pas à ce qu'on puisse me voir parce que je n'ai pas l'impression d'exister, en ce moment. Mon appart' ressemble vaguement à un champ de mines et quand je veux qu'on me laisse je dis que je bosse des cours dans lesquels je n'arrive désespérement pas à me plonger. Je me dis que je vais ranger, ma tête et mon environnement, mais je n'y arrive pas. Alors je ne fais rien. C'est le côté face, avec peut-être en plus un message plein de larmes sur un répondeur.
C'est bête. Pourtant ... J'ai cru que ça allait mieux. Au début du mois. Deux jours vraiment chouettes à Paris, plus rien dans la tête. Juste profiter. Heureuse de voir Melles A. et L. , de voir tout le monde. Heureuse d'aller au théâtre voir une pièce qui me tenait à coeur, heureuse de rire, de parler, de profiter. Même heureuse que Melle L. ait tenté de me tuer à coup de courses effrénées dans le métro.
Côté pile et face mélangés, je me dis que c'est l'effet rentrée. Mais c'est moyen convainquant, même à mes yeux, comme explication. Je voudrais juste que ça passe. Et retrouver l'équilibre, du bon côté.
26 août 2008
Boulomai.
Elle a le vertige. Elle a la tête qui tourne mais elle ne tourne pas sur elle même. Elle pleure sans verser une larme, elle hurle sans pousser le moindre cri, sans laisser passer le moindre son.
Elle court en restant sur place, elle voit trouble.
Elle pleure, elle rit, elle crie. Elle ne connaît plus son âge. Elle ne se connaît plus, elle pleure, elle rit, elle a mal. Il y a des images qu'elle n'oublie pas, des douleurs qui ne passent pas. Il y a des douleurs qu'elle ne comprend pas.
Elle cherche l'air de rien à retrouver l'équilibre. A se vomir pour moins se haïr, à détester les autres pour tromper sa rancune. Elle sait que c'est elle qu'elle déteste, que c'est son corps qu'elle ne supporte pas.
Elle sait qu'aucun coup de ciseau ne changera jamais rien. Mais elle frappe quand même, aveuglément. Juste la vue troublée par les cris qui ne sortent pas, la rage qui lui fait tourner la tête, qui fait tourner toutes les images. La rage qui n'est que de la douleur.
Elle croit devenir folle parce qu'elle ne dort plus depuis des nuits et qu'elle ne comprend plus rien. Elle est comme droguée, abattue par un coup de couteau dans le dos, les côtes, essoufflée. Elle est comme droguée dans un monde qu'elle ne voit plus et qui lui échappe. Elle est comme en prison dans son corps, dans ses pensées. Comme prisonnière d'elle même.
Elle voudrait attraper une main qui se tend et qu'elle a lâchée depuis longtemps. Elle voudrait dire des mots qu'elle ne dit plus. Alors elle ronge ses mots, elle se ronge les ongles au sang pour se soulager. Elle hurle, juste, en silence.
Elle ne sait plus, juste elle ne sait plus ce qu'est l'avenir, ce qu'est la vie, ni ce qu'est un présent qu'elle ne vit pas et qu'elle ne supporte plus.
Elle ne connaît plus l'identité, son identité. Elle ne sait plus dire "je", elle oublie tout dans un marasme écoeurant qui lui donne le vertige.
18 août 2008
Sous- ...?
[...]
Quel temps quel temps sans mémoire
On ne sait plus comment voir
Ni se lever ni s'asseoir
Il fait beau comme jamais
C'est un temps contre nature
Comme le ciel des peintures
Comme l'oubli des tortures
Il fait beau comme jamais
Frais comme l'eau sous la rame
Un temps fort comme une femme
Un temps à damner son âme
Il fait beau comme jamais un temps à rire et courir
Un temps à ne pas mourir
Un temps à craindre le pire
Il fait beau comme jamais
Tant pis pour l'homme au sang sombre
Le soleil prouvé par l'ombre
Enjambera les décombres
Louis Aragon.
Parce que je n'ai pas les mots qu'il faut pour dire que j'ai mal. Parce que d'autres les ont. Parce qu'il faut que ça sorte. Parce que ça prend tout le corps et la pensée. Parce que j'en ai honte. Parce que j'en ai peur, de cette souffrance. Parce que je sens que je déconne. Parce que je la refuse, je le refuse. Parce que je ne sais plus. Parce que je suis paumée. Parce que je voudrais disparaître. Parce que j'en veux au monde entier et que je n'en veux qu'à moi. Parce que je déteste mon corps. Parce que je trouve irrationnel que cela m'ennuie moins de m'abimer moi que de balancer des objets. Parce que ce sont des sensations que j'aurais voulu ne plus jamais connaître, des questions que j'aurais voulu ne plus jamais attendre et des regards que j'aurais voulu ne plus jamais voir. Parce que j'ai besoin de gueuler, de hurler. Parce que, parfois, je meurs de vivre. Parce que parfois j'aurais moins peur de crever. Parce que, aussi, je n'ai plus envie de sourire et de dire que tout va bien.
31 mai 2008
De l'explication du fondement de la (non) existence.
Mais je ne trouve point de fatigue si rude
Que l'ennuyeux loisir d'un mortel sans étude,
Qui, jamais ne sortant de sa stupidité,
Soutient, dans les langueurs de son oisiveté,
D'une lâche indolence esclave volontaire,
Le pénible fardeau de n'avoir rien à faire.
Vainement offusqué de ses pensers épais,
Loin du trouble et du bruit il croit trouver la paix :
Dans le calme odieux de sa sombre paresse,
[...]
Nicolas Boileau, Epitres.
Hypothèse numéro un : je dois être maso.
Hypothèse numéro deux : c'est confirmé, je m'ennuie en vacances
Hypothèse numéro trois : 'Tin je veux du bouloooot ....
Hypothèse numéro quatre : je crois que je vais commencer à bosser mon programme de l'an prochain.
A part ça, je ne suis absolument pas une raleuse pleine de contradictions ...
Encore quatre mois de vacances, seulement deux jours de passés. Grand moment de solitude ...
12 avril 2008
Bouquins et chaussettes à pois.
Et la question du jour est ... "Pourquoi croire?".
J'ai réfléchi. Et j'ai pensé croire en quoi, croire comment, croire en qui. Qu'est-ce que croire? Et puis j'ai envoyé Nietzsche, Heidegger, Hume et leurs copains valser à l'autre bout de la pièce pour conclure dans ma tête que croire, au sens large du terme, n'était qu'une illusion pour se rassurer et se fondre dans une communauté tout aussi illusoire en laquelle, de toutes façons, on ne croit pas. Enfin ça, je ne l'ai pas écrit. Je n'ai rien écrit d'ailleurs. J'ai juste eu envie de baisser les bras en pensant qu'il ne restait qu'un mois, que c'était de la folie tout ça, que le doute perpétuel c'est bien joli mais que ça n'arrange rien, et que, et que, et que ... la vérité n'est qu'une illusion nécessaire, tout comme la liberté, et à partir de là, on est bien dans la merde.
Alors non, je n'ai rien écrit. Je n'ai pas commencé, parce que je me suis juste dit qu'à ça, je n'y croyais pas. Et que c'était en moi que je ne croyais pas. Et j'ai décidé que je ne pouvais pas répondre à cette question, que ce soit d'un point de vue philosophique ou non. Sauf que, de toutes façons, il faudra bien que j'y réponde.
Berstein et Milza me gonflent profondément. Je viens de tuer la quatrième République à coup de livres entre deux recherches sur la cybernétique et le principe du feedback plus communément appelé rétro-action. Merci gougueule de m'avoir apporté des explications complémentaires qui n'ont rien complété du tout puisque je n'ai, de toutes façons, pas compris.
Je re-re-re-relis Lorenzaccio. On me dit relax et je réponds ta gueule. Je doute, encore, toujours. Encore plus depuis que j'ai "le" but. Et que je sais pourquoi je fais ça.
Il y a trop de choses. Trop de trop. Alors couper le téléphone, mettre èmèssène en sourdine, Inter à fond mais la station déconne à Dijon, ouvrir un livr, le reposer, en prendre un autre, reprendre les notes, refaire les piles qui se cassent la gueule, regarder l'heure, chasser les chats des voisins, écraser -encore- un escargot, oublier de manger, de dormir, de penser, d'être et de vivre. Et respirer un grand coup, pleurer, tout envoyer bouler et recommencer ce qui n'a pas de fin, un programme pantagruélique duquel je n'arrive désespérément pas à trouver la -pas très- substantifique moëlle. Le 29 mai, tout sera fini, mais tout reprendra, pour l'an prochain.
La France ou le monde ? Le théâtre ou la critique ? Le latin ou l'allemand ? Rien ou rien ? Pour l'instant, tout, trop de tout. Beaucoup trop.
Je hais les exams, je hais les concours. Je hais la pluie en avril, et je hais les piles de révision.
A part ça, tout va bien.
Merci pour le génie Rostropovitch. Melle. Au., pas eu le temps de répondre à ton gentil mail mais il a croisé ma lettre qui partira euuuh ... lundi ! Enfin dès que je trouve le nombre suffisant de timbr, uhu.
C'est le bordel, mon appart' ressemble à un après-cataclisme, je n'ai ni le temps ni l'envie de ranger et je n'ose plus faire entrer personne chez moi.
Il faut que je pense à ré-alimenter le frigo. A passer le coup de fil au proprio, à arroser le lierre qui est en train de crever, que je me calme, surtout que je me calme. J'en parlerai à mon valium ...
09 avril 2008
Négaposivité.
J'aime les fraises et la crème chantilly. J'aime les framboises au nutella et la mousse au chocolat avec du camembert. J'aime le bruit de la pluie au bord de la mer. Le soleil à une terrasse de café. La musique et les concertos pour violoncelle de Bach.
J'aime quand le téléphone décroche au bout du cinquantième appel. J'aime moins quand je dois refaire cinquante tentatives parce qu'on m'annonce que je me suis trompée de service.
J'aime bien les myosothis. Passer pour une débile en prenant un micro dans une manif' ouvrir un paquet de cigarettes neuf.
Des fois, j'oublie ce que j'aime. Parce que le j'aime pas dépasse. Parce que je ne sais pas dire j'aime, ni à quelqu'un, ni à quelque chose. Et je n'aime pas tout gâcher.
Je n'aime pas les sujets de dissert' tordus de mon prof de comparée qui met 14 parce que "on voit que vous ne saviez pas quoi faire du sujet mais vou avez eu le mérite d'y réfléchir". Je n'aime pas les trois piles de un mètre de haut à apprendre, et j'aime encore moins penser que je suis censée tout connaitre pour le 15 mai. J'aime encore moins penser que je ne connais rien.
J'aime une personne qui m'a reproché un jour de ne jamais parler d'elle ici, et je ne sais pas lui montrer. Je n'aime pas ne pas savoir. J'aime la vie mais je pense à la mort parce que je voudrais savoir vivre.
Ce post n'a aucune utilité. Mais je cherche toujours la vidéo de Rostropovitch jouant du violoncelle devant la chute du mur de Berlin, désespérément. Et là, je déteste ne pas trouver. Si une bonne âme passe par là ...
04 avril 2008
Non-activité d'une vraie semaine.
J'écoute de la musique arménienne et j'ai envie de pleurer. Il est trois heures du matin, et ce n'est pas la musique qui fait monter les larmes.
Je crois que j'ai faim, mais je ne sais pas. Quand je réflechis, je réalise que le dernier vrai repas remonte à une date que j'ai oubliée. C'était des sushis. Alors j'arrête de réfléchir.
Je vois la date, les jours qui passent, et je me dis que je n'y arriverai jamais. Jamais à tout apprendre, à tout assimiler, à tout lire, à tout faire. Je me dis que c'est de la folie, de tenter. Que je dois bosser, qu'il le faut. J'angoisse, j'ouvre un livre. Je lis trois lignes sans rien comprendre, je le referme. Je regarde les dates de l'évolution des mots. Ca ne rentre pas, alors je referme à nouveau. Je ne sors pas. Je vais juste acheter un pain au chocolat à la boulangerie. J'allume une cigarette. Je mange. Je m'allonge, je pleure. Je me bourre de valium. Jour après jour. Et tout ça n'avance pas.
Je ne peux pas fuir toute ma vie. Je ne peux pas passer mon temps à ça. Et pourtant, est-ce que je ne fuis pas en disant que je veux quitter Dijon? Je n'aime pas la ville. Je me dis que rien ne m'y retient.
J'ai demandé à la voisine si on pourrait parler. J'attends depuis une semaine, et je n'ai plus envie d'attendre.
J'ai réalisé que la pensée était toujours là. Et que si, personne ne s'en rendrait compte avant plusieurs jours. Parce que personne ne se doute. Alors j'ai appelé le numéro. Mais c'était occupé. C'est toujours occupé. Et j'ai réussi à repousser le seul rendez-vous où on me disait "tu peux parler". Ce n'est pas grave.
Juste l'impression de tout foutre en l'air, ou d'être dans un endroit où tout est déjà en l'air. Alors non-activité. Encore, et toujours. Parce que tout paraît trop insurmontable. Parce que rien ne rentre. Parce que je ne peux pas passer ma vie à fuir, mais parce que surtout je voudrais un jour ne plus rien avoir à fuir.
25 mars 2008
Les mots étrangers.
[Après moultes hypothèses z'et réfléxions, j'ai résolu et décidé que ceci était une salade.]
Je n'ai pas le bouquin sous les yeux. Mais ce n'est pas grave. Ou si, ça l'est. Parce qu'il utilise des mots trop simples pour que l'on puisse rendre exactement leur complexité. D'habitude, il est toujours à portée de main. Pas là. Et pourtant, il y a longtemps que je veux parler de ça. Et le seul moment propice semble être celui où très précisément le livre été prêté.
Le livre, c'est de Vassilis Alexakis. Dedans, il parle de la langue maternelle. Ou de sa langue maternelle. Il en raconte l'oubli, et son réapprentissage.
Il y a longtemps que je sais que la langue maternelle est la seule que l'on puisse un jour prétendre maîtriser. Et aussi longtemps que j'ai conscience que c'est aussi la plus douloureuse, et peut-être la seul que l'on voudrait ne pas connaître. Parce qu'elle est trop familière. Parce que l'on est trop à même d'en connaître les mots, et le poids des mots et des phrases. Parce qu'il est des mots, dans la langue maternelle, qui sont comme des entités qui nous transpercent comme un couteau quand on les entend, ou quand on veut les prononcer.
Parce que finalement, la langue maternelle, c'est peut-être la seule langue que l'on est incapable de parler.
Des fois, j'aimerais désapprendre le français. Parce que c'est ma langue maternelle. Parce que la langue que l'on enend et que l'on comprend tous les jours fatigue, quand elle est aussi incapable d'exprimer le vrais mots, les seuls que l'on aurait envie de dire. Il paraît que c'est à cause de ça, entre autres, que j'ai été propulsée en études littéraires. Parce que je sens le poids des mots.
Mais c'est aussi parce que je le sens que je ne sais pas parler ma langue maternelle. Que je ne sais que la comprendre.
Je peux tout dire, en grec. Ou en allemand. Peut-être bientôt en hindi ou en albanais. Mais je ne sais rien dire en français sans me torturer l'esprit. Comme prisonnière de la langue maternelle.
Alexakis parle juste de l'oubli. Et le problème, c'est que l'oubli de la langue maternelle, c'est aussi l'oubli d'une part d'identité.
J'ai déjà réussi à oublier le français. A faire en sorte que les mots ne sortent plus naturellement de la bouche. Ou à les penser en français mais à les sortir en grec. J'ai déjà réussi à les chercher, comme un étranger cherche ses mots lorsqu'il parle dans une langue qui n'est pas la sienne. A me sentir étrangère à ma propre langue, en quelques sortes. Et j'ai trouvé ça agréable. Parce que les mots me blessaient moins.
Je n'en viendrai nulle part.
Je vais déménager. Je ne sais pas quand. J'ai regardé les petites annonces sur Montreuil. Sur Villejuif, aussi. J'ai extrapolé dans les villes proches Paris. J'attends juste le bon moment. Peut-être celui auquel personne ne s'attendra. Celui où ma langue maternelle saura s'accorder aux mots étrangers pour dire que je peux partir de Dijon.
J'ai envie de dire, je m'appelle H. Je suis une fille, mais j'aimerais ne pas en être une. J'ai 21 depuis une semaine et bientôt deux jours mais j'ai peur de grandir. Je suis étudiante, mais je n'en ai pas l'impression. Je parle français, mais je voudrais oublier ma langue maternelle parce qu'elle n'arrive pas à me dire ce que je suis vraiment.
23 février 2008
Pense-idiot.
Y penser. Le matin -après-midi en fait- en se levant. Le soir en se couchant. Sous la douche. En mangeant. En ne faisant rien. En bossant -en essayant de...-. Tout le temps. Devant les quinze piles de bouquins que putain-je-ne-pourrai-jamais-avaler. Et que je ne lis pas, d'ailleurs, et que je suis à la bourre, et que zut, zut, zut.
Y penser, toutes les heures, toutes les minutes presque. A longueur de journée. Imaginer le quand, le où, le comment. Juste avoir du mal à répondre précisément au "pourquoi" -le comble-, parce que c'est un tout. Y penser, tout en sachant que ça restera une pensée, au fond. Et balancer tout ce qui se trouve sur le chemin quand la pensée devien trop difficile à supporter, trop obsédante, trop là peut-être. Quand elle se met limite à gueuler à l'extérieur et quand on a peur que tout le monde l'entende. Alors qu'on voudrait lui envoyer en pleine face au monde, cette pensée. On voudrait qu'il se la bouffe comme elle ronge de l'intérieur à longueur de journée. On voudrait qu'elle l'écoeure autant qu'elle donne envie de vomir. Finalement, peut-être qu'on voudrait juste qu'il la saisisse, le monde. Et qu'il pose une question, une seule, peut-être la seule qui pourrait faire fuir la pensée, et peut-être la seule chose qu'on ne peut pas dire spontanément, comme ça, en répondant de façon anodine à un "ça va?". Oui, très bien, mais j'ai la pensée.
Oui, on voudrait qu'il se la bouffe, le monde, la pensée. On voudrait qu'il la saisise pour l'enlever, parce qu'on ne peut pas la dire comme ça, sans question préalable, la pensée. Alors elle tue, en restant à l'état de pensée. Encore plus peut-être que si elle devenait acte.
Y penser, et finalement ne plus rien pouvoir faire, à cause de ça. Il est là, le pire. C'est la pire pensée qui soit parce qu'elle anéantit tout "après". Elle oblige à rester dans le maintenant, et le seul après qu'elle ouvre c'est le "où, quand, comment?". Le néant, quoi. C'est une pensée insupportable, invivable. Et rien que sa présence elle donne envie de crever.
Tout à l'heure, j'ai aspiré l'ordi et j'ai retiré des morceaux de poussière énormes, du genre de trucs que jamais je n'aurais pensé que ça pourrait se fourrer dans ce genre de bestiole. Du coup, j'ai compris pourquoi il s'arrêtait tout seul et il faisait un bruit de soufflerie. Et je me suis dit que la pensée, elle me réduisait à l'état de la bête. Sauf qu'elle me transforme à la fois en soufflerie bloquée par la pousière qui s'asphyxie, et en poussière qui ne sait plus où se caser.
Quand la voisine a appelé pour demander pourquoi j'étais partie et où j'étais passée, j'ai dit que je voulais juste prendre l'air. Je n'ai pas dit que c'était à cause de la pensée. Je n'ai pas pu. Et j'ai regretté.









