06 juillet 2007
No man's land.
[Mon verre s'est brisé comme un éclat de rire. Guillaume Apollinaire.]
-Hélèèèène tu changes quand de boîte à lettres?
-Bah je sais pas. Ton chat il a encore piqué dans les croquettes du mien en fait. Ah oui, et notre proprio je crois qu'il s'est gourré en me donnant la clé, tu peux me prêter la tienne que je fasse un double ?
-Merde justement, j'voulais te demander j'ai perdu la mienne...
-Bah euh ... On a qu'à prendre ma boîte à lettre -qui ne ferme pas- en attendant d'avoir la clé de la tienne.
-Oui, je mets mon nom sur la tienne alors ?
-Oui voilà, et après on re-changera les étiquettes pour que je mette mon nom sur la tienne. Au fait tu peux récupérer ton chat ..?
Et voilà. Je suis officiellement coloc' de boîte à lettres. Sachant que le courrier dépasse déjà quand il n'y a qu'un seul occupant par boîte à lettres, c'est le raisonnement qui se mord la queue par excellence.
On s'en fout, en fait.
Le quotidien, sans aléas vraiment problématiques on peut dire.
Je suis choquée, je crois. Parce que. Le film. Enfin non, pas le film. La vie. Ou le fonctionnement, je ne suis plus sûre de rien. Enfin, c'était ce soir sur la trois (ou la deux ?) , je voulais le voir, je l'ai vu. Et j'ai eu l'impression d'avoir déjà vu, il y a plus de dix ans, aux infos. Exactement la même chose, mais ce n'était pas un film. Et ça ne finissait pas, comme le film.
L'abrutissement, et les questions sur le sens du monde et de la vie. On se demande. Je me demande, tout. A quoi ça sert ?
Alors on pense que c'est génial, dans le merdique. C'est l'histoire de. De rien. De tout. Des apparences, c'est tout ce qui compte. Ca me rappelle des choses, beaucoup. J'avais déjà compris, il y a dix ans. Le film -qui n'en était pas un.
C'est l'histoire de deux soldats, un serbe et un bosniaque. C'est l'histoire d'un troisième soldat, couché sur une mine. C'est la dernière image. Absence d'espoir. Absence d'avenir. Absence de monde. Absence de tout. Et tous.
Et c'est l'histoire, surtout. De la FORPRONU qui n'intervient pas. Pas assez. Juste pour donner une bonne image à la télé, des fois que.
Des fois qu'on réalise que l'ONU ne sert à rien. D'ailleurs, tiens. Ils ne sont toujours pas intervenus, au Darfour. On n'en a même pas parlé, du Darfour. Juste un peu, maintenant. Après plusieurs années.
On m'a dit "c'est surréaliste, comme film". J'ai pensé que c'était juste très réaliste, effrayant oui. Mais de réalité, justement.
Et le pire. Seule la guerre, est la moins moche. Et on se sent minuscule face à un humour noir, et réaliste. En souriant quand même parce qu'il reste au fond de la guerre un brin d'humanité.
"Putain, c'est fou ce qu'il se passe au Rwanda", dit un soldat bosniaque, du fond de sa tranchée.
Et on retient une phrase. La neutralité, la sacro-sainte neutralité onusienne n'existe pas. Parce que personne n'est jamais neutre. Parce que "décider de ne pas intervenir, c'est déjà ne plus être neutre".
En troisième et en bonne élève que j'étais, j'ai appris dans mes cours d'histoire que l'ONU avait été créée pour que "plus jamais ça", près la Shoah.
Srebrenitsa, c'était juste dans les années '90. C'était juste des camps, et des fosses communes. On n'a juste pas dit plus jamais ça, et on l'a juste oublié. Moi pas.
Plus d'illusion, aucune. Depuis longtemps. Mais ce soir, encore moins. Comme un débordement de tous les côtés, comme un trop. Comme une insulte au fond du corps qui veut sortir, hurler, tout renverser.
"Je crierai je crierai plus fort que les obus", dit Aragon.
Comme une envie encore une fois de tout casser, et de gueuler que le monde est mal foutu. Et comme l'impression, encore une fois, de n'être rien au milieu de tout.
Un jour, on m'a dit, "par terre, ce n'était pas ta place. Tu vaux mieux que ça". Pourtant, j'ai l'impression d'y être, à terre.
23 septembre 2006
parce que.
C'est marrant l'ignorance... Mais ça fait rire jaune, très jaune.
Cette photo, elle date... D'il y a quoi? Six, ou sept ans peut-être. De l'époque où personne ne connaissait encore l'Afghanistan, de l'époque où personne ne parlait encore des Talibans, de l'époque où personne ne savait encore que cette jeune fille à la tête nue risquait sa vie au milieu de ces femmes transformées en fantômes.
Je me souviens de l'époque. Je disais Afghanistan, on me disait "c'est quoi ça?". Alors je me taisais, et je bouillais. Et puis un jour.
Il a fallu un avion qui s'écrase sur des tours, la colère d'un chef d'Etat qui a décidé de renverser le régime qu'il avait lui-même installé. Depuis des années, du régime de la terreur. En un mois, tout le monde a su où c'était, l'Afghanistan. En un mois, tout le monde a su ce que tout le monde a toujours voulu ignorer pendant des années.
C'est bien, de se voiler les yeux. C'est bien, de dire "on reverse un régime autoritaire". Mais ça serait peut-être mieux d'en parler, avant. De le dire. Et puis merde... C'est trop facile, c'est trop facile l'ignorance.
Les Anarchistes
Y'en a pas un sur cent et pourtant ils existent
La plupart Espagnols allez savoir pourquoi
Faut croire qu'en Espagne on ne les comprend pas
Les anarchistes
Ils ont tout ramassé
Des beignes et des pavés
Ils ont gueulé si fort
Qu'ils peuv'nt gueuler encore
Ils ont le cœur devant
Et leurs rêves au mitan
Et puis l'âme toute rongée
Par des foutues idées
Y'en a pas un sur cent et pourtant ils existent
La plupart fils de rien ou bien fils de si peu
Qu'on ne les voit jamais que lorsqu'on a peur d'eux
Les anarchistes
Ils sont morts cent dix fois
Pour que dalle et pour quoi ?
Avec l'amour au poing
Sur la table ou sur rien
Avec l'air entêté
Qui fait le sang versé
Ils ont frappé si fort
Qu'ils peuvent frapper encor
Y'en a pas un sur cent et pourtant ils existent
Et s'il faut commencer par les coups d'pied au cul
Faudrait pas oublier qu'ça descend dans la rue
Les anarchistes
Ils ont un drapeau noir
En berne sur l'Espoir
Et la mélancolie
Pour traîner dans la vie
Des couteaux pour trancher
Le pain de l'Amitié
Et des armes rouillées
Pour ne pas oublier
Qu'y'en a pas un sur cent et pourtant ils existent
Et qu'ils se tiennent bien le bras dessus bras dessous
Joyeux, et c'est pour ça qu'ils sont toujours debout
Les anarchistes
Léo Ferré.
02 mai 2006
petit rappel historique...
Je n'aime pas les jours fériés. Normalement. J'aime bien le premier mai. Parce que c'est le seul jour férié qui ne soit ni une fête religieuse ni une fin de guerre. Le 14 juillet, c'était un nouveau tournant de l'histoire, une nouvelle liberté... Mais c'est devenu trop patriotique. Les défilés militaires, très peu pour moi.
Juste.
Parce que ce qui nous semble normal aujourd'hui a coûté des vies das le passé.
Parce que des gens se sont battus pour que nous ayons des conditions de travail correctes.
Pour ne pas oublier.
Le chant des ouvriers.
Nous, dont la lampe, le matin
Au clairon du coq se rallume
Nous tous qu'un salaire incertain
Ramène avant l'aube à l'enclume
Nous qui des bras, des pieds, des mains
De tout le corps luttons sans cesse
Sans abriter nos lendemains
Contre le froid de la vieillesse
Aimons-nous, et quand nous pourrons
Nous unir pour boire à la ronde
Que le canon se taise ou gronde
Buvons, buvons, buvons
A l'indépendance du monde
Nos bras, sans relâche tendus
Aux flots jaloux, au sol avare
Ravissent leurs trésors perdus
Ce qui nourrit et ce qui pare
Perles, diamants et métaux
Fruit du côteau, grain de la plaine
Pauvres moutons, quels bons manteaux
IIs se tissent avec notre laine
Aimons-nous, et quand nous pourrons
Nous unir pour boire à la ronde
Que le canon se taise ou gronde
Buvons, buvons, buvons
A l'indépendance du monde
Quel fruit tirons-nous des labeurs
Qui courbent nos maigres échines ?
Où vont les flots de nos sueurs ?
Nous ne sommes que des machines
Nos Babels montent jusqu'au ciel
La terre nous doit ses merveilles
Dès qu'elles ont fini le miel
Le maître chasse les abeilles
Aimons-nous, et quand nous pourrons
Nous unir pour boire à la ronde
Que le canon se taise ou gronde
Buvons, buvons, buvons
A l'indépendance du monde
Au fils chétif d'un étranger
Nos femmes tendent leurs mamelles
Et lui, plus tard, croit déroger
En daignant s'asseoir auprès d'elles
De nos jours, le droit du seigneur
Pèse sur nous plus despotique
Nos filles vendent leur honneur
Aux derniers courtauds de boutique
Aimons-nous, et quand nous pourrons
Nous unir pour boire à la ronde
Que le canon se taise ou gronde
Buvons, buvons, buvons
A l'indépendance du monde
Mal vêtus, logés dans des trous,
Sous les combles, dans les décombres,
Nous vivons avec les hiboux
Et les larrons, amis des ombres
Cependant notre sang vermeil
Coule impétueux dans nos veines
Nous nous plairions au grand soleil
Et sous les rameaux verts des chênes
Aimons-nous, et quand nous pourrons
Nous unir pour boire à la ronde
Que le canon se taise ou gronde
Buvons, buvons, buvons
A l'indépendance du monde
A chaque fois que par torrents
Notre sang coule sur le monde
C'est toujours pour quelques tyrans
Que cette rosée est féconde
Ménageons-le dorénavant
L'amour est plus fort que la guerre
En attendant qu'un meilleur vent
Souffle du ciel ou de la terre
Aimons-nous, et quand nous pourrons
Nous unir pour boire à la ronde
Que le canon se taise ou gronde
Buvons, buvons, buvons
A l'indépendance du monde
31 août 2005
l'affiche rouge
"Ma Chère Mélinée, ma petite orpheline bien-aimée,
Dans quelques heures, je ne serai plus de ce monde. Nous allons être fusillés cet après-midi à 15 heures. Cela m'arrive comme un accident dans ma vie, je n'y crois pas mais pourtant je sais que je ne te verrai plus jamais.
Que puis-je t'écrire ? Tout est confus en moi et bien clair en même temps.
Je m'étais engagé dans l'Armée de Libération en soldat volontaire et je meurs à deux doigts de la Victoire et du but. Bonheur à ceux qui vont nous survivre et goûter la douceur de la Liberté et de la Paix de demain. Je suis sûr que le peuple français et tous les combattants de la Liberté sauront honorer notre mémoire dignement. Au moment de mourir, je proclame que je n'ai aucune haine contre le peuple allemand et contre qui que ce soit, chacun aura ce qu'il méritera comme châtiment et comme récompense.
Le peuple allemand et tous les autres peuples vivront en paix et en fraternité après la guerre qui ne durera plus longtemps. Bonheur à tous... J'ai un regret profond de ne t'avoir pas rendue heureuse, j'aurais bien voulu avoir un enfant de toi, comme tu le voulais toujours. Je te prie donc de te marier après la guerre, sans faute, et d'avoir un enfant pour mon bonheur, et pour accomplir ma dernière volonté, marie-toi avec quelqu'un qui puisse te rendre heureuse. Tous mes biens et toutes mes affaires je les lègue à toi à ta sœur et à mes neveux. Après la guerre tu pourras faire valoir ton droit de pension de guerre en tant que ma femme, car je meurs en soldat régulier de l'armée française de la libération.
Avec l'aide des amis qui voudront bien m'honorer, tu feras éditer mes poèmes et mes écrits qui valent d'être lus. Tu apporteras mes souvenirs si possible à mes parents en Arménie. Je mourrai avec mes 23 camarades tout à l'heure avec le courage et la sérénité d'un homme qui a la conscience bien tranquille, car personnellement, je n'ai fait de mal à personne et si je l'ai fait, je l'ai fait sans haine. Aujourd'hui, il y a du soleil. C'est en regardant le soleil et la belle nature que j'ai tant aimée que je dirai adieu à la vie et à vous tous, ma bien chère femme et mes bien chers amis. Je pardonne à tous ceux qui m'ont fait du mal ou qui ont voulu me faire du mal sauf à celui qui nous a trahis pour racheter sa peau et ceux qui nous ont vendus. Je t'embrasse bien fort ainsi que ta sœur et tous les amis qui me connaissent de loin ou de près, je vous serre tous sur mon cœur. Adieu. Ton ami, ton camarade, ton mari."
Missak Manouchian. Dernière lettre à sa femme avant d'être fusillé.
Vous voulez d'autres noms ?
Celestino Alfonso (espagnol), Olga Bancic (roumaine), Joseph Boczov (roumain), Georges Cloarec (français), Roger Rouxel (français), Robert Witchitz (français), Rino Della Negra (italien), Spartaco Fontano (italien), Césare Luccarini (italien), Antoine Salvadori (italien), Amédéo Usséglio (italien), Thomas Elek (hongrois), Emeric Glasz (hongrois), Maurice Fingercwajg (polonais), Jonas Geduldig (polonais), Léon Goldberg (polonais), Szlama Grzywacz (polonais), Stanislas Kubacki (polonais), Marcel Rayman (polonais), Willy Szapiro (polonais), Wolf Wajsbrot (polonais), Arpen Lavitian (arménien).
Ils faisaient tous partie du groupe de Manouchian et combattaient par tous les moyens les rafles contre les juifs, et la STO.
Ils ont été arrêtés, comme tant d'autres résistants.
Torturés.
Exécutés.
Fusillés pour la plupart.
Sauf une. Olga Bancic, la seule fille du groupe. Elle a été guillotiné. Après avoir été maltraitée et traînée de prison en prison.
L'affiche rouge. Placardée sur tous les murs, elle les accusait, sous leur visage étaient représentés des accidents ferroviaires et des corps criblés de balles.
En dessous, d'autres résistants, "des doigts errants" comme le dit si bien Aragon "avaient écrit morts pour la France".
Ce procès est peut-être, sûrement même l'un des plus célèbres procès de résistants. Mais des milliers d'autres noms sont tombés dans l'oubli...
Fernand Zylkinow
Fortuné Dubois
Samuel Tyzelman
Guy Moquet
...
C'est difficile parfois de pouvoir nommer l'horreur... celle de leur sort...
Et malgré tout leur volonté, leur foi en leurs idées et en un avenir meilleur, la légitimité de leur combat ....
Celui qui y est peut-être le mieux parvenu doit être Aragon. Voici son poème, inspiré par la lettre de Manouchian et inscrivant par l'intermédiaire de son groupe la mémoire de tous les résistants.
Vous n'avez réclamé ni gloire ni les larmes
Ni l'orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servis simplement de vos armes
La mort n'éblouit pas les yeux des Partisans
Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L'affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu'à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants
Nul ne semblait vous voir Français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l'heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE
Et les mornes matins en étaient différents
Tout avait la couleur uniforme du givre
A la fin février pour vos derniers moments
Et c'est alors que l'un de vous dit calmement
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand
Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses
Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan
Un grand soleil d'hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le cœur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d'avoir un enfant
Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient le cœur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s'abattant
Aragon.
A lire : La vie à en mourir, lettres de fusillés 1941-1944.
A voir : L'affiche rouge (film), Nuit et brouillard (sur les camps de concentration)
A écouter : Les reprises chantées du poème d'Aragon (titre : L'affiche rouge) , par Léo Ferré, Lenny Escudero , Nuit et brouillard de Jean Ferrat
30 août 2005
hommage...
Des gens chassés de leur village.
Des hommes massacrés.
Des camps.
Des prisonniers affamés.
Des corps enterrés dans des fosses communes.
Des tombes qui se dressent par milliers.
On avait dit plus jamais ça en 1945. On avait même crée l'ONU. Pourtant, CA a eu lieu. Le 11 juillet 1995. Avec la complicité de cette même organisation des nations unies. CA a eu lieu, à deux heures de vol de Paris. En Bosnie. Lorsque Srebrenica a été assiégée par les serbes.
On a parlé du 11 septembre 2001. On a rendu des hommages, dans les écoles, partout. Des émissions sont passées toute la journées à la télé pour montrer les évènements.
Il y a un autre 11 septembre. Tombé dans l'oubli.
Le 11 septembre 1973. le renversement, suivi par l'assassinat d'Allende, au Chili. Avec la bénédiction de Washington.
Débouché? La dictature. Pinochet. Le massacre des opposants dans les stades, la torture.
"Avoir la chance de survivre. Respirer l’odeur nauséabonde d’une prison, après avoir subi tant de violence, peut apparaître comme un cadeau. Plus tard, être resté en vie semblera aberrant, et surtout injuste pour tous les camarades morts dans la résistance...", José Maldavsky.
Allende? Il voulait changer la société. Il voulait la rendre plus juste, plus solidaire. Il croyait en ses idées. Leur défense lui a coûté la vie...
On fait des hommages pour les victimes attentats de Madrid ou de Londres. On réclame des minutes de silence dans le monde entier, on se mobilise pour lutter contre leurs auteurs...
Mais on oublie.
On oublie la guerre civile au Rwanda et le génocide des Tutsi par les Hutu. On oublie que la radio, la télévision faisait campagne pour inciter les populations à les massacrer. On oublie les mutilations, les enfants, les hommes et les femmes que l'on allongeait sur la route et à qui l'on coupait les bras...
On oublie le massacre des Kurdes. Le Kurdistan, oui vous savez ce truc, cette région en Asie dont on ne parle jamais. Ce peuple qui n'a pas de pays et qui se partage entre la Turquie, l'Iran, l'Irak et la Syrie. Ce peuple dont les droits sont bafoués, ce peuple qui a l'interdiction de donner un nom kurde à ses enfants.
On oublie la Tchétchénie. Les massacres commis par les Russes à qui l'on apprend à "tuer du tchèchène" comme on apprendrait à un enfant à lire ou à écrire.
Les camps d'entraînement spéciaux où les jeunes russes apprennent à se servir d'une arme, où ils apprennent à haïr les Tchétchènes. Leur crime ? Ils demandent juste leur indépendance. Ils demandent juste un pays. Et ils le payent. Au prix de leur vie.


Critique de la poésie
Le feu réveille la forêt
Les troncs les coeurs les mains les feuilles
Le bonheur en un seul bouquet
Confus léger fondant sucré
C'est toute une forêt d'amis
Qui s'assemble aux fontaines vertes
Du bon soleil du bois flambant
Garcia Lorca a été mis à mort
Maison d'une seule parole
Et de lèvres unies pour vivre
Un tout petit enfant sans larme
Dans ses prnelles d'eau perdue
La lumière de l'avenir
Goutte à goutte elle comble l'homme
Jusqu'aux paupières transparentes
Saint-Pol-Roux a été mis à mort
Sa fille a été suppliciée
Ville glacée d'angles semblables
Où je rêve de fruits en fleur
Du ciel entier et de la terre
Comme à de vierges découvertes
Dans un jeu qui n'en finit pas
Pierres fanées murs sans écho
Je vous évite d'un sourire
Decour a été mis à mort
Paul Eluard.
A tous ceux cités précédemment.
A tous ceux que je n'ai pas cités.
Pour ne pas oublier.









