26 août 2007
rentrée (des casses ?).
Avec Melle A., ça fait (au moins) un an qu'on dit que si on rate notre vie on finira profs. Du coup, c'est un peu devenu sujet de plaisanterie, mais pas tant que ça. Parce que. Parce qu'on (je ?) a de plus en plus l'impression que le ratage de vie arrive. Et parce que absolument aucune idée de quoi faire après, et parce que ça passe trop vite, et parce que finalement peut-être un peu envie de faire ça quand même.
Alors on se soutient, en pensant qu'on sera collègues, au moins. Et on se fait peur, en se disant qu'on va atterrir dans un collège paumé, qu'on sera TZR pendant dix ans, et qu'on aura jamai la mut' qu'on veut. Et comme on a plus de chance d'atterrir où on veut quand on est pacsé, je lui ai suggéré de faire un pacs blanc. Mais elle a pas voulu. Niark.
Du coup, ça fait (au moins) un an que je suis très attentivement mon futur très probable ratage de vie. Après les suppressions de postes, les profs qui sont de plus en plus haïs, la bivalence (si on me fait enseigner de l'anglais, y sont pas près de parler couramment les futurs hypotétiques élèves) et tout ça, on a un peu envie de se tirer une balle direct.
Mais enfin, comme c'est d'actualité en ces temps de fin du mois d'août, juste pour le plaisir, la chanson du groupe découverte de l'année. Et le plus effrayant, c'est que si on rate notre vie, c'est vraiment ce qui nous attend...
La sécurité de l'emploi.
Ils sont marrants cette année
C'est difficile de deviner dès la rentrée
Lequel se fera arrêter
Pour les scoots qu'il aura piqués
Lequel sera incarcéré
Pour avoir trop dealé
Moi en bon prof je suis préparé
Un peu de math et de français
Du kickboxing, du karaté
Tant pis pour la géographie
Ce qu'ils connaissent de l'Italie
C'est juste vaguement les spaghettis
Et Rocco Siffredi
Au programme de cette année
En français faudrait arriver
A lire un livre en entier
Mais même Dan Brown et Marc Lévy
Il y a plus de cent mots de vocabulaire
On en sera toujours à lire
La préface même après l'hiver.
Et mon voisin en me voyant
Me dira : "Bande de fainéants !
Alors vous êtes déjà rentrés
Vous savez pas ce que c'est que de bosser !
Avec vos semaines de vingt heures,
Vous bossez bien moins qu'un facteur,
Dire que je paye pour vos congés
Et pis vous n'êtes même pas bronzé !"
Cent copies à corriger
Deux trois prozacs, huit cafés,
Mais je l'entends quand même dire d'en bas :
"Je compte même pas
La sécurité de l'emploi !"
Celui aux lunettes, c'est mon surdoué,
Il sait écrire son nom sans fautes, il sait compter - Waw !
Bah, c'est pas mal pour un 3ème, il faut savoir s'en contenter
C'est clair qu'un intello pareil, il va se faire racketter
Trente-cinq élèves, cette année je leur ai demandé
Ce qu'ils voulaient faire comme métier
J'ai dix Zidane, quinze Amel Bent, et neuf Bouba,
Un original qui veut faire vigile et avocat
Il a dû voir chez Courbet
Que c'était pas mal d'être avocat
Si jamais t'allais en prison
Ils croient qu'ils auront leur brevet
En regardant l'île de la tentation,
Merci pour tout ce que fait pour eux la télévision
Et mon voisin, le même qu'hier,
Me dira : "Bande de fonctionnaires,
Alors vous êtes déjà rentrés ?
Vous savez pas ce que c'est de bosser !
Avec vos semaines de vingt heures
Vous bossez moins qu'un contrôleur,
Et dire que je paye pour mon gamin,
Il a redoublé son CE1 !
Vite les bulletins à remplir
Deux trois prozacs, et huit kirs
Mais je l’entends quand même dire d’en bas :
"Je compte même pas
La sécurité de l'emploi !"
Les directives du ministère
Nous imposent d'faire
Des réunions plus régulières
On en fait même pour planifier
Les prochaines réunions
Ou pour décider de ce qu'on peut donner
Sans risque comme sanctions
Fini les notes, de temps en temps,
Faut juste leur envoyer des SMS d'encouragement
L'évaluation c'est pas toi qui la fais,
Eux y t'disent si t'es cool
Je préfère quand même qu'ils me donnent des notes
Plutôt que des coups d'boule
Impossible de les faire redoubler,
Les pauvres chéris il faut surtout pas les perturber
Les programmes faut les simplifier,
Il y a trop de leçons ça les assomme
Ils ont même proposé de donner le bac
Avec la prochaine playstation.
Et mon voisin vous le connaissez
Me dira : "Bande de surpayés
Vous foutez rien de la journée
Vous devez pas être fatigués !
Avec vos semaines de vingt heures
Vous bossez bien moins qu'un chômeur,
Et pis pas de chef et pas de rendement
C'est pas pour ce que vous faites vraiment !"
Les parents à rencontrer
Deux ou trois prozacs, huit Grand Marnier
Et vu leur investissement
L'année prochaine ira pas en s'arrangeant
Faudra peut-être songer à les adopter
Venir les lever le matin, le soir les coucher
Et p't-être dormir à leur place
Pour qu'ils restent éveillés en classe.
La prof de gym n'est pas venue
S'est faite agressée dans la rue
Mais bon, ils l'avaient avertie
Ils veulent pas de sport avant midi
Ils peuvent d'jà pas fumer en classe
Et ça déjà c'est dégueulasse
Entre chaque cours une bière et un joint
C'est quand même pas des gros besoins
Cette fois-ci c'est décidé
Mes gosses iront dans le privé
J'ai beau regarder à deux fois
Je la vois pas tant que ça
La sécurité de l'emploi.
Les Fatals Picard, Pamplemousse mécanique.
21 juillet 2007
Apocalyptico-....
Fatiguée.
Photos sur l'appareil, mise en ligne pas avant lundi, sûrement.
Juste l'émotion. J'avais dit "j'espère qu'ils vont la chanter, ils ne l'ont jamais fait quand je les ai vus". En fait, je n'y croyais pas.
Alors on écoute les chansons, on se laisse porter. On danse, à moitié parce que la musique donne envie, et à moitié parce qu'on a envie de faire pipi et que remuer permet de l'oublier.
On avale un demi litre d'eau pour ne pas tomber de déshydratation. En rêvassant sous la musique, en souriant, un peu. Parce que c'est sympa. Parce plein de trucs.
A trois mètres devant, il y a une fille avec des bolas et qui crache du feu. Etrangement, elle a trouvé le truc pour ne pas mourir écrasée, y'a personne autour d'elle.
A côté, y'a deux gamins ui font des allers-retour en courant. "Fais leur un croche-piiied, y m'énerventtt" --> "euh non y'a les parents à côté". Ah bon ? Ils n'ont pas l'air de les surveiller.
Ce qui fait l'ambiance des festivals, en un mot. Avec quelques vapeurs et des odeurs d'herbe (fraîchement tondue ? Mmh, je doute.)
Brefouille. Et puis la chanson. Celle qu'on espérait entendre. Emotion. Murmure, ou chant pas trop fort (pour pas déranger les voisins qui chantent mieux) en accompagnant la musique.
Contente. Ambiance unique des concerts. Un peu d'air, dans un plein d'étouffement. Un peu d'évasion.
La chanson, quand même.
Apocalypticodramatic.
{Refrain:}
Apporte-moi mes cachets
Serre bien ma camisole
Accèle encore le son de ta voix
Ma techno-délire psychédélique
Apocalyptico-dramatique...
Sirènes obsédantes
Métal hurlant, plastique qui résonne
Aux arcades d'acier de l'oreille
Entartrée par ton ouïe déficiente
Des éclairs choppent tes yeux au hasard
Les lasers t'étranglent et t'enfoncent leurs dards
Cette nuit suçera ma sève
Moi je m'en fiche, je "rave"
{au Refrain}
C'est le grand rassemblement
C'est la fête ou la teuf des Grands
Aux yeux équarquillés, aux pupilles dilatées
Et aux coeurs dressés
Par le battement de coeur
Qu'elle te prend sans savoir
Ton pauvre coeur qui n'en peut plus
De ne plus pouvoir respirer
Eh toi p'tit con !
Qu'est-ce que tu fais là ?
Dis-moi p'tit con,
Tu viens franchir le pas ?
Mais t'ignores le parfum
Enivrant, obsédant
Qui te couvre d'ivresse
Te transforme en détresse
Et peut faire de ta soirée
Comme une éternité à crier
{au Refrain}
Mais au nom de la vie d ces quelques uns
Qui sont restés bloqués sur ton drôle de chemin
Au nom de mon ami malade
Qui hurle au fin fond d'son hôpital
{au Refrain}
Tryo.
01 juin 2007
Cigarette, clope, et tout ce qu'on veut...
[Amicalement dédié à ceux qui m'emm***** avec la cigarette ou qui ne la supportent pas, et ne veulent pas voir leur chat défenestré ou me voir encore plus chiante que d'habitude, au choix...Ou pour faire simple, faire comprendre que le fumeur n'est pas juste un danger sur pattes...]
La Complainte de l'ex-fumeur.
Affranchi comme une carte
D'un timbre sur l'épaule droite
C'est la traversée du désert
Je viens d'écraser la dernière
Comme un grand coca glacé
Sous la canicule d'été
Qu'on vous empêcherait de boire
Et sur lequel on peut s'asseoir
24h/24
La blessure arbitraire
La convoitise opiniâtre
D'une bouffée salutaire
J'ai beau mâcher des trombones
Et tordre des clous
A cette idée qui se cramponne
J'aimerai tordre le cou
C'est décidé j.assume
Déterminé j'arrête
Je ne fume plus une cigarette
C'est sympa de m'accompagner
Dans le renoncement du vice
Tout le monde m'a félicité
A part Philippe et Morris
Qui m'attendent au tournant
Quand j'irai en cachette
Désespérément
Craquer l'allumette
1, 2, 3, 4 jours sans tabac
C.est pas beaucoup certes
Mais dans 26, ça fera 1 mois
On me trouve légèrement irritable
Et j' me d'mande bien pourquoi
Sans doutes parce qu'hier à table
J'ai défénestré l' chat
Aldebert.
13 mars 2007
Fatal(ité?).
[en suite à l'article précédent... Quand les idéeaux s'effondrent. Quand d'autres y croient. Quand tout se mélange. ]
Mon Père Etait Tellement De Gauche
On ne choisit pas son enfance, on m’a pas laissé être droitier
Mon père m’emmenait jamais au square mais aux réunions de comité
Mon père était tellement de gauche qu'on habitait rue Jean Jaurès
En face du square Maurice Thorez avant d’aller vivre à Montrouge
On a été en U.R.S.S. l’hiver , les pays de l’est c’est mieux l’hiver
On voit bien mieux les bâtiments, les nuances de gris ça flashe sur le blanc
Devant la statue de Lenine, pour nous c’était le grand frisson
Moins 24 c’était pas terrible et les chapkas étaient en option
Mon père était tellement de gauche que quand est tombé le mur de Berlin
Il est parti chez casto pour acheter des parpaings.
On mangeait des Lenin’s burger, fallait vraiment faire attention
Y' avait du choux une pomme de terre, la viande elle était en option
On achetait du coca Kolkose, approuvé par le comité
Ça devait soigner la silicose, on s’en servait pour désherber
On regardait pas la contrebande, on regardait pas la corruption
La Sibérie c’était disneyland, le discernement en option.
Mon père était tellement de gauche qu’à son mariage dans l’eglise
On chantait l’internationale, les femmes portaient des faux cils
Mon père était tellement de gauche, qu'on a eu tout pleins d’accident
Y' refusait la priorité à droite systématiquement.
Les copains se foutaient de moi tout le temps, car à l’école au premier rang
J’avais mes lunettes de Brejnev et le dentier d’un Tupolev
Mon père était tellement de gauche, qu’en 81 il croyait que ça changerait
J'sais pas quelle tête il aurait fait en 2002 en allant voter
Et même si tout ce que je raconte n’est pas tout à fait vrai
Le socialisme comme paradis nous on y croyait
Mon père était tellement de gauche, que lorsqu’il est parti
La gauche est partie avec lui.
Les Fatals Picards.
09 février 2007
pensée libre des barreaux.
Des hivers qui durent douze mois
Il existe des murs d'importance,
abritant des palais imposants,
où s'engouffrent des vents immobiles,
où ne pénètre jamais le froid.
Il existe des gens sans conscience
qui signent des décrets malfaisants
et radotent des lois imbéciles
qui balaient la raison et le droit.
Il existe des lieux d'insolence,
à l'abri des gueux et des perdants,
où s'ébattent des princes futiles,
brûlant des fortunes dans la joie.
Il existe, dans la douce France,
de la mort au milieu des vivants,
du désert au mitan de la ville,
des hivers qui durent douze mois.
J'ai vu des regards sans existence,
des fantômes qui trompent le temps,
des humains aux gestes malhabiles
qui mendient devant les cinémas.
Tout un peuple garde le silence,
mais le vacarme est assourdissant;
la détresse, sans cesse, défile
et se blottit sous le moindre toit.
Il existe des murs d'importance,
abritant des palais imposants,
où s'engouffrent des vents immobiles,
où ne pénètre jamais le froid.
Il existe, dans la douce France,
de la mort au milieu des vivants,
du désert au mitan de la ville,
des hivers qui durent douze mois.
Serge Utgé Royo.
26 janvier 2007
larmes de nuit, pour un sourire.
Pour m'arrêter en pleine lecture d'une lecture sur la contrebande et l'art poétique aragoniens, il en faut beaucoup -pour ne pas dire que c'est quasi mission impossible. Alors je ne dirai qu'une chose : Merci, Ô dieu France-Inter.
L'émission de la nuit, je me disais "merde je le connais, je suis sûre que je le connais, merde". Et puis "nan c'est pas lui, c'est pas possible, il ne passe jamais nulle part, on ne l'entend jamais". Et enfin "hiiiiiiiiiiiiiiiii c'est luiiiiiii". Et là, les larmes qui coulent en entendant la chanson. Et le sourire qui dit merci, merci de l'avoir invité.
Serge Utgé Royo. Personne ne connaît, c'est normal. C'est dommage, mais je ne suis plus étonnée. Juste les paroles de la chanson de la nuit, passé à 3h30 sur France-Inter.
Amis, dessous la cendre...
Amis, dessous la cendre
Le feu va tout brûler...
La nuit pourrait descendre
Dessus nos amitiés
Voilà que d'autres bras tendus
S'en vont strier nos aubes claires
Voilà que de jeunes cerveaux
Refont le lit de la charogne...
Nous allons compter les pendus,
Au couchant d'une autre après-guerre...
Et vous saluerez des drapeaux,
En priant debout sans vergogne
Amis, dessous la cendre
Le feu va tout brûler...
La nuit pourrait descendre
Dessus nos amitiés
La nouvelle chasse est ouverte
Cachons nos rires basanés...
Les mots s'effacent sous les poings
Et les chansons sous les discours.
Si vos lèvres sont entrouvertes,
Un ordre viendra les souder !
Des gamins lacheront les chiens
Sur les aveugles et sur les sourds...
Je crie pour me défendre:
« À moi, les étrangers !...
La vie est bonne à prendre
Et belle à partager.»
Si les massacres s'accumulent,
Votre mémoire s'atrophie...
Et la sinistre marée noire
Couvre à nouveau notre avenir.
Vous cherchez dans le crépuscule
L'espérance de la survie...
Les bruits de bottes de l'Histoire
N'éveillent pas vos souvenirs.
Amis, dessous la cendre
Le feu va tout brûler...
La nuit pourrait descendre
Dessus nos amitiés
Je crie pour me défendre:
« À moi, les étrangers !...
La vie est bonne à prendre
Et belle à partager.»
Amis, dessous la cendre
Le feu va tout brûler...
La nuit pourrait descendre
Dessus nos amitiés
Serge Utgé Royo.
Je retourne dans Aragon... Des étoiles plein les yeux, et des marteaux piqueurs plein les oreilles (la joie des otites...).
20 novembre 2006
Concert de mots et d'histoire.
Ca fait deux heures que je me demande "est-ce que je poste ou pas?". Mais en fait, j'ai eu le tilt tout à l'heure. Vous savez, exactement comme la petite lumière qui s'allume quand on a une idée de génie. Mais sauf que mon idée, elle, elle n'a rien de génial.
C'est curieux, parce que j'ai eue la dite idée environ deux heures, ou peut-être plus avant de lire le mail. Et là, merde, ça se contredit. Et non, en fait ça se complète.
Je ne vous citerai pas l'intégralité de ma messagerie -qu'il faudrait d'ailleurs que je nettoie- , juste un morceau. Parce que.
"Tu commences à forger ta liberté [...] à sortir de ton appartement, de ta coquille, physiquement et surtout intellectuellement : l'avenir t'appartient...".
Bref. L'avenir se forge, sur le passé.
J'ai grandie bercée par une musique. Par une parole, et des notes. Je les ai retenues par coeur, et quand j'avais sept ans je me disais "un jour, je le verrai". Le jour , il est arrivé. Douze ans après. Douze ans et des pâquerettes.
J'ai grandi bercée au rythme de Pierre Perret, je l'écoutais en boucle, tout le temps. Toujours les mêmes chansons que je n'ai comprises qu'en les réécoutant des années après.
Juste. Juste un tour d'horizon du chanteur qui me permettait d'aller à l'autre bout du monde, à cent lieues et lieux de mon quotidien.
Mon P'tit loup
{Refrain:}
T'en fais, pas mon p'tit loup,
C'est la vie, ne pleure pas.
T'oublieras, mon p'tit loup,
Ne pleur' pas.
Je t'amèn'rai sécher tes larmes
Au vent des quat' points cardinaux,
Respirer la violett' à Parme
Et les épices à Colombo.
On verra le fleuve Amazon'
Et la vallée des Orchidées
Et les enfants qui se savonn'nt
Le ventre avec des fleurs coupées.
{Refrain}
Allons voir la terre d'Abraham.
C'est encore plus beau qu'on le dit.
Y a des Van Gogh à Amsterdam
Qui ressemblent à des incendies.
On goût'ra les harengs crus
Et on boira du vin d'Moselle.
J'te racont'rai l'succès qu'j'ai eu
Un jour en jouant Sganarelle.
{Refrain}
Je t'amèn'rai voir Liverpool
Et ses guirlandes de Haddock
Et des pays où y a des poul's
Qui chant'nt aussi haut que les coqs.
Tous les livres les plus beaux,
De Colette et d'Marcel Aymé,
Ceux de Rab'lais ou d'Léautaud,
Je suis sûr qu'tu vas les aimer.
{Refrain}
J't'apprendrai, à la Jamaïque
La pêche' de nuit au lamparo
Et j't'emmènerai faire un pique-nique
En haut du Kilimandjaro
Et tu grimperas sur mon dos
Pour voir le plafond d'la Sixtine.
On s'ra fasciné au Prado
Par les Goya ou les Menine.
{Refrain}
Connais-tu, en quadriphonie,
Le dernier tube de Mahler
Et les planteurs de Virginie
Qui ne savent pas qu'y a un hiver.
On en a des chos's à voir
Jusqu'à la Louisiane en fait
Où y a des typ's qui ont tous les soirs
Du désespoir plein la trompett'.
T'en fais pas, mon p'tit loup,
C'est la vie, ne pleur' pas.
Oublie-les, les p'tits cons
Qui t'ont fait ça.
T'en fais pas, mon p'tit loup,
C'est la vie, ne pleur' pas.
J't'en supplie, mon p'tit loup,
Ne pleure pas.
Peut-être la première retenue. Et peut-être celle que j'ai compris le plus tard.
Peut-être aussi la plus écoutée, la plus...
Peut-être parce qu'un jour, aussi, j'ai eu l'espoir. Peut-être parce que je l'ai réécoutée quand des gens m'ont appelée "mon p'tit loup", parce que la petite lumière s'était allumée dans ma tête comme sur le flipper pour faire tilt. Peut-être parce que j'ai compris, compris qu'un jour j'y aurais droit à mon pique-nique en haut du Kilimandjaro. En partant loin, en restant là.
Ma liberté. L'avenir, se l'approprier. Le Kilimandjaro, peut-être qu'un jour il viendra à moi.
Le Trophée.
Je viens ce soir pour ma récompense
J'avais dit-on des chances infimes
Modestement j'ai eu je le pense
Un coup de génie en tournant ce film
Je remercie l'équipe toute entière
Et le chauffeur de ma limousine
Les gars du son et ceux de la lumière
Et Marie-Jo qui a fait le casting
Je remercie l'auteur ma femme et mon agent
Et ma maman qui m'a fait si intelligent
Je n'oublie pas mon metteur en scène
Qui était cassé du matin au soir
Ni les baisers de la star italienne
Qui aimait mieux l'ail que les carambars
Les essayages de la costumière
Qui essayait tout jusqu'à mon divan
Je remercie ma doublure lumière
Qui se les gelait dans le mauvais temps
Je remercie la scripte le chef opérateur
La maquilleuse et bien sûr la main du masseur
Je remercie la femme de ménage
Qui me dégottait mes barbituriques
Le producteur qui trouvait dommage
Que les scènes de viol manquent de comique
Merci encore de l'aide si précieuse
De l'assistant qui gardait mon chien
Et du soutien dans les heures creuses
De la monteuse qui montait si bien
Je remercie Carmen la gardienne Andalouse
Et sa belle-sœur qui posait si bien les ventouses
Je remercie l'habileté certaine
Du stomato qui a fait mes fausses dents
Celle du cadreur qui a eu tant de peine
A faire entrer ma tête dedans
Je remercie mon attaché de presse
Et le public qui m'ont dit génial
Même le critique qui écrit sans tendresse
Que je serai mieux dans le rôle du cheval
Merci aux photographes aux membres du jury
Et au coiffeur qui m'appelait toujours mon chéri
Ce beau trophée enfin je le partage
Avec mon psy qui est mort d'épuisement
Ma partenaire fumace qu'au montage
On ai sucré la moitié de ses plans
Je serai ingrat d'en profiter seul
Et j'attribue leur part de gâteau
Aux nominés qui font tous la gueule
Aux cascadeurs qui sont à l'hosto
Je remercie encore ma femme et mon agent
Et ma maman qui m'a fait si intelligent
Là, c'est pour le plaisir. Le pur plaisir des yeux et des oreilles. Et de tous les sens. Putain, qu'est-ce que ça fait du bien de renverser les convenances !
Bercy Madeleine
La petite Madeleine que j'ai connue à Saint-Lazare
Je l'ai Choisy pour son superbe Corvisart
Elle avait le Saint-Placide et un sacré Buzenval
Elle avait tout un Arsenal
Je craignais que ce fût une Fille-Du-Calvaire
Auquel cas faut s'méfier du Chardon-Lagache
Et pour pas garder Lamarck L'eût fallu qu'jaille à Pasteur
Moi pour Suffren non Bercy
Elle me répond qu'elle s'en tamponne le Froissart
Vu qu'elle avait plusieurs amants qui la Courcelles
Le Père-Lachaise Louis-Blanc Bolivar Richard Lenoir
Ce qui fait avec George Cinq
J'suis Censier avoir un beau Menilmontant
Et comment obligado son Beaugrenelle
J'y propose la Botzaris elle se porte Volontaires
Et précise-t-elle j'ai Sablons
C'est la Gaîté nous Levallois dans mon Dupleix
Elle me dit Issy je vis avec Etienne-Marcel
Que tu me Défense le Sentier que tu prennes la Chapelle
De Toute Façon Marcel-Sembat
Elle se met Sully présente la Tour-Maubourg
Mais je descends aussitôt à Poissonnière
Là le nez me Châtillon ça sentait le Caulaincourt
Bref j'étais pas à Bel-Air
Prêts au Combat enfin nous nous dé-Mabillon
Mais Passy vite qu'elle me dit vous Pernety
Avant d'éteindre la Laumière laisse-moi ôter mon Pantin
Espèce de pauvre Gambetta
Pour montrer que je n'suis pas un Invalides
Je lui Saint-Philippe-Du-Roule une Peletier monstre
Et d'un vieux coup de Rambuteau je lui arrache un cri Denfert
Ah quel Sulpice mes amis
Par malheur elle avait le Goncourt sa Motte-Piquet
Avouez qu'Saint-Cloud à s'Dugommier le Jules-Joffrin
Son p'tit Chaligny-Faidherbe était bien trop Billancourt
Elle demeurait une vrai Glacière
Elle Opéra un vrai changement la Réaumur
L'en Brochant en Chevaleret entre La Fourche
Et la Muette à l'Anvers aussitôt je lui Bourg-La-Reine
Jusqu'à temps qu'elle en Picpus
Vingt Dieux qu'Ségur t'as un Jourdain mais c'est Duroc
Que c'est Plaisance dit-elle en saisissant Montreuil
Elle me monge les Boulets Elle me Pompe le Boucicaut
Elle me Télégraphe un jour la Bonne-Nouvelle
Elle avait oublié de prend' sa Bastille
Elle attendait ses Ranelagh elle a eu la Butte-Chaumont
Et c'est le p'tit Edgar-Quinet
Pour les amateurs de métro, juste... Pour arpenter toutes les stations qu'on a foulées, pour partir, encore, loin.
J'avais dit je le verrai. Tout le monde avait ri, c'était pas mon époque.
Je l'ai fait, quand même. C'était pas mon époque, mais c'était une partie de mon histoire.
09 octobre 2006
les photos
Je ne sais pas trop par où commencer parce que je voudrais dire, tout... La nostalgie, les images, tout. Alors je trouve que la chanson exprime bien ce "tout"... (suite de mes réflexions métaphysico-existencielles après le texte).
Les épices du souk du Caire.
Un bébé encadré sur une étagère, un souvenir de vacances, un anniversaire. Une fille qui sourit coincée dans un sous-verre, un cadre fantaisie, un bord de mer, et personne ne bouge dans la tribu des yeux rouges, tous différents, les mêmes photos pourtant
... Les grands derrière, les p'tits devant.
Quelques photos de couple exposées comme des preuves, des photos de groupe, des amis qu'on punaise. On vérifie d'ailleurs l'air de rien chez les autres, qu'on fait partie des leurs, qu'a côté de leurs têtes y'a la nôtre. Sur la cheminée du salon des grands-parents, le casting tout entier de tous les p'tits enfants
... Les grands derrière, les p'tits devant.
Les albums familiaux sont les manuels d'histoire, qu'on regarde jamais, qu'on réserve au placard. Quand il était jeune, quand t'étais petit, quand elle était enceinte, quand ils étaient en vie. Portraits de fin d'année des gosses trop bien peignés, on dirait vraiment qu'ils ont mangé du ciment
... Les grands derrière, les p'tits devant.
La photo censurée, elle s'y trouvait pas belle, aussitôt développée, direct à la poubelle. Mignonne en paréo au retour de la plage, elle enlèvera pas le haut, c'est dommage. Le portrait qui fait rire du permis de conduire, celui qui fait peur, qu'est-ce que c'est qu'cette coiffure ? Qu'elles soient en couleur ou bien en noir et blanc, on fait tous, quelle horreur ! les mêmes photos tout l'temps
... Les grands derrière, les p'tits devant.
Qu'est-ce qui nous pousse au fond à refaire à la chaîne, tous les mêmes photos qu'on a vu par centaines,
des photos de monuments qui sont jamais très belles, mais c'est nous qui l'a fait c'est pas la carte postale. Les photos de voyage à l'autre bout de la terre, les mêmes paysages, des mêmes belvédères . Nous sur un chameau, nous au ski en hiver, re-nous sur un bateau, et les épices du souk du Caire. Re-re-nous à Pâques, y'a deux ans déjà, re-re-re-nous à la Toussaint à côté d'Etretat . C'est vrai qu'on voit pas bien, que la photo est mauvaise, mais par la salle de bain je te jure on devinait les falaises ! Et ces photos souvenirs qu'on stocke acharnés pour pas qu'on puisse nous dire qu'on a pas profité. Rangées dans un tiroir celles qu'on veut plus voir et classées dans des livres des photos d'archives. J'ai encore jamais vu et ça chez personne, sa copine toute nue au dessus du téléphone, la photo d' son patron dans aucun salon, mais des vues de bords de mer, ah ça putain on sait l' faire ! Qu'on les range en vrac, qu'on les colle au mur, au fond d'un portefeuille ou dans un disque dur. Au fin fond de la Creuse, à Paris 16ème, on prend les mêmes poses, nos photos sont les mêmes. Qu'on soit le frère, la soeur, les parents, la tante, toujours les mêmes photos, mates ou brillantes. Des images inutiles sur toutes les vieilles pierres, le Mont-Saint-Michel, et les épices du souk du Caire...
Bénabar, reprise des négociations.
Voilà, c'est exactement ça. La vie en photo, dans des cadres. La musique dans des CD's, et finalement la chanson qui ne sort jamais de sa boîte... Et finalement, tout qui est comme ça. Tout carré, encadré, pas un poil qui dépasse, sur pas, surtout jamais, tout doit être bien bien, l'affiche ne doit pas pencher, le tableau doit être accroché bien parallèle au sol, et on perd tout, on perd l'être, l'originalité, le "moi", l'humanité... On reste entourés de trop-parfait, sauf que, sauf que, le parfait n'existe pas dans l'être, et encore moins dans la vie.
Alors pourquoi. Pourquoi ce post. Eh ben parce que.
Bénabar, c'est un chanteur que j'aime bien. Certains diront qu'il n'a pas la voix, d'autres diront qu'il chante mal. Ces certains et ces autres pensent ce qu'ils veulent, moi m'en fous, la musique me transporte, les paroles me font rire, ou pleurer... Parce qu'elles sont vraies, tellement vraies...
Impossible de faire le répertoire de tout. Juste ça raconte la vie, la vraie. Avec un regard rieur, ironique sur les trucs les plus chiants... Et surtout tellement réaliste... "on appelle, on s'excuse, on improvise, on trouve quelqu' chose, on a qu'à dire à tes amis qu'on les aime pas et puis tant pis"... Qui n'a jamais pensé ça? Et qui a déjà osé le dire et le formuler? Faites le compte, le résultat de la soustraction doit être assez impressionant.
Alors voilà, dire. Avec des mots simples, les choses que tout le monde pense tout bas et que personne n'ose prononcer parce que ce n'est pas politiquement correct. Je hais le politiquement correct....
Et Bénabar en concert, c'est énorme, pour ça... Parce qu'il ose, il dit devant je-sais-pas-combien-de-personnes, parce que je me retrouve et parce que j'arrive à me dire "je suis", "j'existe", parce que j'ai l'impression de m'entendre parler parfois, parce qu'en chantant dans ma tête (oui à haute voix c'est à éviter si on veut préserver un rayon de soleil) j'arrive à découvrir mon moi, et parce que je suis transportée...
Finalement, le concert se termine toujours, chacun retourne à sa vie et à ses activités, et il reste le souvenir du moment passé. Et on n'oublie pas, on se remémorre, et on se dit "vivement la prochaine"... Et au fond de soi, il reste toujours le petit quelque chose qui fait qu'on a osé dire non aux affiches bien droites et qu'on a osé dire oui aux tableaux bancals, qu'on a osé afficher sa tête qui sort du lit qui est scotchée sur la photo, qu'on a osé laisser des cheveux dépasser de la coiffure que tout le monde voudrait parfaite (et je ne dis absolument pas ça parce que j'ai toujours les cheveux en pétard et dans tous les sens ^^)... Et voilà, c'est ça qui est génial...
Et les épices du souk du Caire... Bien loin des étagères. Les parfums, les odeurs, la vie, la vraie, la nature humaine, celle que je recherche et que tout le monde refoule.
Et les grands derrière, les p'tits devant... Mais on n'avance plus bien alignés en file.
Et les épices du souk du Caire... Et pourquoi le besoin de se prendre dans toutes les situations...? Pourquoi le besoin des souvenirs, pour raconter aux hypothétiques petits enfants?
Et les épices du souk du Caire, et ne pas hésiter à se prendre dans des poses débiles, merde, se lacher...
Et les épices du souk du Caire... Et les épices du souk du Caire.
28 avril 2006
mourir pour des idées
Un poète. Un chanteur. Des mélodies simples mais pourtant si complexes, des paroles qui parlent, qui résonnent.
Mourir pour des idées
Mourir pour des idées, l'idée est excellente
Moi j'ai failli mourir de ne l'avoir pas eu
Car tous ceux qui l'avaient, multitude accablante
En hurlant à la mort me sont tombés dessus
Ils ont su me convaincre et ma muse insolente
Abjurant ses erreurs, se rallie à leur foi
Avec un soupçon de réserve toutefois
Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente,
D'accord, mais de mort lente
Jugeant qu'il n'y a pas péril en la demeure
Allons vers l'autre monde en flânant en chemin
Car, à forcer l'allure, il arrive qu'on meure
Pour des idées n'ayant plus cours le lendemain
Or, s'il est une chose amère, désolante
En rendant l'âme à Dieu c'est bien de constater
Qu'on a fait fausse route, qu'on s'est trompé d'idée
Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente
D'accord, mais de mort lente
Les saint jean bouche d'or qui prêchent le martyre
Le plus souvent, d'ailleurs, s'attardent ici-bas
Mourir pour des idées, c'est le cas de le dire
C'est leur raison de vivre, ils ne s'en privent pas
Dans presque tous les camps on en voit qui supplantent
Bientôt Mathusalem dans la longévité
J'en conclus qu'ils doivent se dire, en aparté
"Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente
D'accord, mais de mort lente"
Des idées réclamant le fameux sacrifice
Les sectes de tout poil en offrent des séquelles
Et la question se pose aux victimes novices
Mourir pour des idées, c'est bien beau mais lesquelles ?
Et comme toutes sont entre elles ressemblantes
Quand il les voit venir, avec leur gros drapeau
Le sage, en hésitant, tourne autour du tombeau
Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente
D'accord, mais de mort lente
Encor s'il suffisait de quelques hécatombes
Pour qu'enfin tout changeât, qu'enfin tout s'arrangeât
Depuis tant de "grands soirs" que tant de têtes tombent
Au paradis sur terre on y serait déjà
Mais l'âge d'or sans cesse est remis aux calendes
Les dieux ont toujours soif, n'en ont jamais assez
Et c'est la mort, la mort toujours recommencée
Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente
D'accord, mais de mort lente
O vous, les boutefeux, ô vous les bons apôtres
Mourez donc les premiers, nous vous cédons le pas
Mais de grâce, morbleu! laissez vivre les autres!
La vie est à peu près leur seul luxe ici bas
Car, enfin, la Camarde est assez vigilante
Elle n'a pas besoin qu'on lui tienne la faux
Plus de danse macabre autour des échafauds!
Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente
D'accord, mais de mort lente
Georges Brassens.
17 septembre 2005
Le chant de la libération
Une petite chanson sur la résistance ...
Le chant de la libération
Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?
Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu'on enchaîne ?
Ohé, partisans, ouvriers et paysans, c'est l'alarme.
Ce soir l'ennemi connaîtra le prix du sang et les larmes.
Montez de la mine, descendez des collines, camarades !
Sortez de la paille les fusils, la mitraille, les grenades.
Ohé, les tueurs à la balle et au couteau, tuez vite !
Ohé, saboteur, attention à ton fardeau: dynamite...
C'est nous qui brisons les barreaux des prisons pour nos frères.
La haine à nos trousses et la faim qui nous pousse, la misère.
Il y a des pays où les gens au creux des lits font des rèves.
Ici, nous, vois-tu, nous on marche et nous on tue, nous on crève...
Ici chacun sait ce qu'il veut, ce qu'il fait quand il passe.
Ami, si tu tombes un ami sort de l'ombre à ta place.
Demain du sang noir sèchera au grand soleil sur les routes.
Chantez, compagnons, dans la nuit la Liberté nous écoute...
Ami, entends-tu ces cris sourds du pays qu'on enchaîne ?
Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?
Ohé, partisans, ouvriers et paysans, c'est l'alarme.
Ce soir l'ennemi connaîtra le prix du sang et les larmes.













