... Lénouche ...

"J'oublie où je me trouve lorsque j'écris", Vassilis Alexakis

08 août 2008

Chronique d'un malaise de lecture.

gunter_grass

Début d'année -milieu de vacances- oblige, vous ne couperez pas à mes chroniques de lectures estivales.

Surtout quand les livres lus marquent beaucoup. Surtout comme celui-ci.

C'est difficile de décrire le malaise vaguement écoeurant qui accompagne gentiment la lectrice -en l'occurence moi- pendant un peu plus de 600 pages dans mon édition. C'est comme si à chaque paragraphe j'avais eu envie de refermer ce bouquin sans pouvoir m'empêcher de continuer. Mais le problème, il n'est pas là. Le problème, il tient à ce que je suis fichtrement incapable de mettre des mots sur les raisons pour lequel ce truc m'a foutue si mal à l'aise.

Le truc en question, c'est Le Tambour de Günter Grass. Mon prof de comparée est un sadique. Surtout que le livre le plus court du programme ne fait "que" 500 pages.
Bref. Il y a à la fois une certaine fascination mêlée à un énorme sentiment de dégoût et de répulsion pour le personnage d'Oscar. On ne sait jamais sur quel pied dans. Salaud ? Véritable sadique ? Sociopathe ? Personnage trop sensible qui refuse la vie conventionnelle ? Impossible de se situer.
Tueur en série déguisé ? Ou victime d'être né ? On ne sait pas. Et même en refermant le livre, on ne sait toujours pas.
Manipulateur ? Ou personnage qui a compris tout le système ? A ça non plus, il n'y a pas de réponse. Et je n'aime pas ne pas pouvoir répondre.

Personnage auquel il est impossible de s'identifier ? Pas vraiment. Pas tout le temps. Alors est-ce que le malaise vient de ce que l'on se reconnaît dans les profondeurs sombres et vicieuses de l'être humain à travers Oscar ? Même pas.
Juste une terreur et un dégoût physique qui imprègne le texte du début à la fin. Et ce malaise.

Je devrais alors dire que j'ai détesté cette chose. Mais non. Je ne peux pas dire que je n'ai pas aimé. Tout comme je ne peux pas dire non plus que j'ai aimé. J'ai juste été frappée, oui. Frappée de telle façon que je ne sais pas si je pourrai me résoudre à re-manger un jour des anguilles (je vous passe les détails de la méthode de pêche à l'anguille ...). Et que je ne pourrai pas oublier ce livre.
Frappée à un tel point que l'idée de devoir le relire me rend malade. Et que je ressens pourtant le besoin de le relire, pour essayer de répondre. Frappée aussi parce que c'est la première fois que je suis incapable de pourtant un jugement sur un livre, de me fixer. D'en parler en termes axiologiques. Parce qu'en suivant le parours d'Oscar, on ne sait jamais sur quel pied danser. Personnage égoïste ou personnage qui souffre ? On ne sait pas. On ne peut jamais se décider de façon durable.

Et il est peut-être là, le génie de Grass. D'avoir écrit un livre qui suinte l'écoeurement et que pourtant, il est impossible de refermer avant d'avoir lu la fin. D'avoir écrit un livre que l'on ne peut pas juger en termes de "j'ai aimé" ou "je n'ai pas aimé".

Posté par lenouche à 10:33:00 - Chroniques - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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