... Lénouche ...

"J'oublie où je me trouve lorsque j'écris", Vassilis Alexakis

28 mars 2008

De l'eau au plafond.

ilpleut

Je craque, je craque, je craque, je craque, je craque, je craque, je craque, je craque, je craque, je craque, je craque, je craque, je craque, je craque, je craque, je craque, je craque, je craque, je craque, je craque, je craque, je craque, je craque, je craque, je craque, je craque, je craque, je craque, je craque, je craque, je craque, je craque, je craque, je craque, je craque, je craque, je craque, je craque, je craque, je craque, je craque, je craque, je craque, je craque, je craque, je craque, je craque.

Ca, c'était le coup de gueule du jour. Avant, y'a eu la crise cardiaque, de moi, et des voisins. Uhu.

-Biiiiippppp (téléphone à 22h53)
-Allôôô???
-Mr le voisin du dessus ??? Y'a encore une fuite dans votre douche, j'ai mon plafond qui goûte et qui est tout moisi même s'il vient d'être refait (hum).
-Gné ? Euuh je dois aller à la gare là je t'envoie I. (en aparté : "meeeerrrrdeuh).
-Bonne soirée... (désespérée).

Trois minutes plus tard, la femme-du-voisin-du-dessus qui débarque pour voir la chose : "meeerdeuh va encore falloir refaire une déclaration à l'assurance et va falloir refaire la douuucheuh".
Moi : "meeerdeuh, va encore falloir refaire mon plafond" (désespoir très profond).

C'est décidé, si on me reparle de peintre, je vais louer une cave à Montreuil. Au moins, ça sera naturellement humide et mes serpillères auront une bonne raison de moisir ...

Je hais les plafonds, et les douches, et tout ce qui fuit. C'est décidé.

Conclusion : 28 mars, dix jours d'ostréiculture, de la neige, encore une inondation, le chat qui vient de ramener un mille-pattes (re-désespoir), en retard dans le boulot, malade, j'ai dû m'y reprendre à trois fois pour faire pipi dans un gobelet à porter au labo, et en plus j'ai vieilli d'un an le 16. Mois de mars 2008 à effacer en urgence.

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25 mars 2008

Les mots étrangers.

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[Après moultes hypothèses z'et réfléxions, j'ai résolu et décidé que ceci était une salade.]

Je n'ai pas le bouquin sous les yeux. Mais ce n'est pas grave. Ou si, ça l'est. Parce qu'il utilise des mots trop simples pour que l'on puisse rendre exactement leur complexité. D'habitude, il est toujours à portée de main. Pas là. Et pourtant, il y a longtemps que je veux parler de ça. Et le seul moment propice semble être celui où très précisément le livre été prêté.

Le livre, c'est de Vassilis Alexakis. Dedans, il parle de la langue maternelle. Ou de sa langue maternelle. Il en raconte l'oubli, et son réapprentissage.

Il y a longtemps que je sais que la langue maternelle est la seule que l'on puisse un jour prétendre maîtriser. Et aussi longtemps que j'ai conscience que c'est aussi la plus douloureuse, et peut-être la seul que l'on voudrait ne pas connaître. Parce qu'elle est trop familière. Parce que l'on est trop à même d'en connaître les mots, et le poids des mots et des phrases. Parce qu'il est des mots, dans la langue maternelle, qui sont comme des entités qui nous transpercent comme un couteau quand on les entend, ou quand on veut les prononcer.
Parce que finalement, la langue maternelle, c'est peut-être la seule langue que l'on est incapable de parler.

Des fois, j'aimerais désapprendre le français. Parce que c'est ma langue maternelle. Parce que la langue que l'on enend et que l'on comprend tous les jours fatigue, quand elle est aussi incapable d'exprimer le vrais mots, les seuls que l'on aurait envie de dire. Il paraît que c'est à cause de ça, entre autres, que j'ai été propulsée en études littéraires. Parce que je sens le poids des mots.
Mais c'est aussi parce que je le sens que je ne sais pas parler ma langue maternelle. Que je ne sais que la comprendre.

Je peux tout dire, en grec. Ou en allemand. Peut-être bientôt en hindi ou en albanais. Mais je ne sais rien dire en français sans me torturer l'esprit. Comme prisonnière de la langue maternelle.

Alexakis parle juste de l'oubli. Et le problème, c'est que l'oubli de la langue maternelle, c'est aussi l'oubli d'une part d'identité.
J'ai déjà réussi à oublier le français. A faire en sorte que les mots ne sortent plus naturellement de la bouche. Ou à les penser en français mais à les sortir en grec. J'ai déjà réussi à les chercher, comme un étranger cherche ses mots lorsqu'il parle dans une langue qui n'est pas la sienne. A me sentir étrangère à ma propre langue, en quelques sortes. Et j'ai trouvé ça agréable. Parce que les mots me blessaient moins.

Je n'en viendrai nulle part.

Je vais déménager. Je ne sais pas quand. J'ai regardé les petites annonces sur Montreuil. Sur Villejuif, aussi. J'ai extrapolé dans les villes proches Paris. J'attends juste le bon moment. Peut-être celui auquel personne ne s'attendra. Celui où ma langue maternelle saura s'accorder aux mots étrangers pour dire que je peux partir de Dijon.

J'ai envie de dire, je m'appelle H. Je suis une fille, mais j'aimerais ne pas en être une. J'ai 21 depuis une semaine et bientôt deux jours mais j'ai peur de grandir. Je suis étudiante, mais je n'en ai pas l'impression. Je parle français, mais je voudrais oublier ma langue maternelle parce qu'elle n'arrive pas à me dire ce que je suis vraiment.

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21 mars 2008

"J'aime les carottes".

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En pélerinage en Normandie sur les traces de madame Bovary et des falaises.

No panic, je mange juste les salades géantes qui poussent sur les falaises par la racine. Et j'inaugure la mode touareg avec Melle. A.

Retour la semaine prochaine. Message plus construit avec, quand le temps.

Disserts n° 2 et 3 bouclées. Reste la n° 1, et 4, et 5. Reconversion en ermite très proche.

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10 mars 2008

De l'art de la pâquerette par les racines.

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Des rires. De la trouille. Des mollusques. Des "je conteste". Des "préciiiseuh". Des "arrêêêêteuh de les appeler les mollusques quand ils sont autour de toi". Beaucoup de des, et de sourires.

Fut un temps, j'étais lycéenne dans un établissement dont ma réputation me dit de taire le nom. C'était débauche, tristesses et n'importe quoi. C'était le bon temps, et aussi le pire. C'était le temps où j'escaladais les tables en grec, où on racontait n'importe quoi avec Melle. A., où on discutait tout le temps. C'était le temps où on maudissait la cantine. C'était le temps des pleurs, aussi. Des après-midis dans les couloirs, des "Hélène, relève-toi", le temps où on apprenait à ne rien faire en russe pendant trois heures par semaine et où je découvrais les pires et les meilleurs aspects de la vie d'ado.
C'était le temps, surtout, où on se moquait. Où on se moquait des profs qui piquaient un sprint direction salle des profs après la récrée. Où on se rendait malade à l'idée de devoir entrer dans la dite salle parce que devoir  retard oblige. Le temps où on se foutait de la gueule des stagiaires bien propres et tout jeunes quand un malheureux devait pénétrer une semaine dans la classe et qu'on nous le présentait grâcieusement, "voici Melle Truc qui va nous accompagner quelques temps pour voir comment une classe fonctionne et qui fera peut-être un cours". Et on pensait que oh non, ça va être chiant, et c'est qui cet intru, et qui en plus sait sûrement pas faire un cours.

C'était, ce fut un temps, de plus en plus éloigné.
Alors quand j'ai vu qu'approchait le jour où il fallait retourner dans le-lycée-dont-je-tairai-le-nom mais de l'autre côté, de celui de la stagiaire, j'ai paniqué. Je refuse d'entrer dans la salle des profs, parce que c'est plein de profs. Mais je refuse de rester dans la cour, parce que c'est plein d'élèves. Alors en pire, salle des profs oblige.
Et du vas-y qu'on me présente et que "voici Melle H. qui va blablabla...". Trois fois, devant trois classes. Et l'envers du décor. La salle des profs et son immanquable machine à café qui permet à l'indidu prof de fonctionner. Et le risque de décès par écrasement quand on se tient à moins de deux mètres de la dite machine qui trône au milieu de la pièce, qui fait un bruit qu'on dirait un tremblement de terre à chaque fois qu'elle éructe péniblement son liquide noirâtre et qu'on s'entend plus parler.
La journée de solidarité pour vieux qui soulève la question la plus importante de l'année chez les profs d'hisoire : à huit, on fait un poker ou une belotte ?
Les profs associaux qui gueule parce que ça jacass trop fort. Les salauds qui me sortent trois vacheries par jour que ça donne envie de leur faire livrer anonymement une quinzaine de pizzas, les sympas, les super contents de revoir la malheureuse ancienne élève que je suis, l'espèce de stagiaire. Y'a ceux qui sautent au cou, ceux qui mettent trois jours à vous reconnaître, ceux qui ont du mal à calculer que j'en suis "déjà là", ceux qui m'offrent un grand sourire, ou des grands éclats de rires, ceux inconnus qui m'ouvrent la porte parce que "meeeerdeuh elle s'est refermée pendant que je fumaiiis ma clooopeuh", et y'a surtout les élèves.

Y'a la classe peu nombreuse de mollusques. La très nombreuse de bavards. Et la très nombreuse de très doués mais surtout très ruminants.
Y'a les cours pendant lesquels on se marre parce qu'on intervient (fallait pas me solliciter, là) et qu'on les fait totalement dévier du but initial en un dialogue à deux voix.
Y'a les huîtres qu'on repère tout de suite. Parce qu'elles restent totalement hermétiques, ou parce que c'est les seules à ouvrir de temps en temps leur coquille. Y'a de tout.

Y'a surtout le traumatisme de réaliser qu'élève on était huître aussi, et qu'on était une véritable force passive d'inertie. Y'a l'épuisement de fin de journée, l'inertie qui est contagieuse, et y'a le "putain mais c'est génial, quand même".

Et puis le pire du stage. L'espèce de stagiaire que je suis, l'archétype du stagiaire le moins sérieux qui soit assis en tailleur sur une table qui ne prend pas une seule note et qui intervient à tout va, qui doit faire un cours. Choisir un passage en catastrophe. Ne pas oublier, "surtout, tu fais un truc au ras des pâquerettes". Faire trop simple. Alors pigmenter et réaliser que merde, je ne comprends plus rien. Recommencer, se dire qu'on va partir en courant en entrant dans la salle mercredi. Et qu'on ne fera jamais un truc sérieux surtout s'il faut écrire au tableau parce que ça a tendance à me filer des fous-rires incontrôlables et que je suis incapable d'écrire correctement en position verticale.

Stade fantôme déjà passé. Lobotomie du cerveau par excès d'ostréiculture fortement entamée. Le plus dur, ça va être de quitter ce rythme, parce qu'au fond, c'est marrant, d'être stagiaire.
 

Posté par lenouche à 20:17:03 - Joyeusetés de fac. - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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